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Nous sommes tous à la recherche de la prochaine étape. Mais que se passerait-il si votre prochaine étape était un pas en arrière ?

By 17/04/2020 avril 20th, 2020 Coaching Systemique
Nous sommes tous à la recherche de la prochaine étape. Mais que se passerait-il si votre prochaine étape était un pas en arrière ?

Nous sommes au milieu d’une pandémie mondiale et en ce moment, nous n’avons pas la vision globale de tout ce qui est possible. Au cours des prochains mois, nous aurons besoin de la puissance du collectif, et de l’élan créatif qui émerge lorsqu’on relève les défis et que l’on travaille avec le changement. C’est à partir de là que nous pourrons innover, pour nous emmener nous et nos industries vers de nouvelles façons d’être dans le monde.

Mais avant d’aller créer à partir de cet endroit, nous avons besoin de passer du temps avec notre réactivité. C’est pourquoi, dans cet article, je plaide pour le besoin essentiel de prendre du temps et de l’espace dans cette période mouvementée. De nous donner la permission de simplement ‘être’ dans cet espace-temps inconfortable, stressant. Pour un petit laps de de temps. Et que ce soit ok de le faire.

C’est normal de ne pas aller bien.

Ne nous précipitons pas directement à l’étape « tout va bien ». Sinon, la pression va continuer à grimper et la réactivité va diriger nos choix. Au lieu de cela, nous pourrions prendre un certain temps pour être avec cette situation. La vivre comme elle est. Pour digérer ce que nous traversons et faire le deuil de ce qui est perdu. ‘Normaliser’ – c’est-à-dire : rendre normal – notre stress, notre anxiété et notre inquiétude, et créer de l’espace pour ressentir ce que nous ressentons, nous donnera plus de choix à l’avenir. Si nous prenons du recul, plutôt que de sprinter tête basse vers l’avant, nous commencerons à voir l’émergence de quelque chose de plus large.

Cela me fait penser au dessin d’un poisson que John Wheeler avait griffonné sur une serviette lors d’un cocktail. Le poisson regarde en arrière sur lui-même symbolisant l’univers se regardant lui-même tout en se créant. Mais avant la création vient l’espace et l’observation. Et tout comme le poisson, nous devons regarder « en arrière » à l’endroit où nous sommes et nous interroger à ce sujet, être avec cette situation, même dans notre réactivité avant que nous puissions faire des pas créatifs en avant. Il s’agit de reconnaitre et honorer ce qui est.

Voici quelques façons de vous aider vous-même et d’autres à prendre de l’espace et du recul en ces temps incertains :

Normalisation

Normaliser -rendre normal- qu’il est acceptable d’être inquiet, anxieux, stressé ou encore d’avoir peur vous aidera -et les gens autour de vous- à gérer votre réactivité. « Une réaction anormale dans une situation anormale est normale » sont les mots d’un guide de méditation bien-aimé qui me viennent si justement à l’esprit. Il s’agit de réactions humaines normales et prévisibles aux défis ordinaires de la vie, et encore plus lors d’une pandémie. Alors, faites-en sorte que ce soit ok de ne pas être « ok » pendant un moment. Libérez-vous de la pression que vous vous infligez d’être super positif et joyeux afin de ne pas finir par vous sentir stressé d’être stressé ou triste d’être triste. Ces émotions sont compréhensibles et prendre du temps pour les reconnaitre et les honorer vous aidera à les transformer.

La normalisation est une pratique utile à partager avec votre famille et vos amis, et elle peut également être extrêmement bénéfique au travail. Une façon simple d’introduire cet outil lors d’une conférence téléphonique est par exemple d’ouvrir avec une question révélatrice :
« Quelle est la chose la plus difficile pour vous de travailler à domicile ? »

C’est un moyen simple de normaliser tout en gardant les gens en sécurité. Vous ne leur demandez pas de partager leur peur la plus sombre, vous les invitez à partager leurs défis avec le travail de la maison et, par conséquent, vous commencez à normaliser que « cette situation est difficile et c’est ‘OK’ ».

Le temps pour traiter

J’ai eu le privilège cette semaine d’être dans une conversation d’accompagnement avec une personne secouriste. Elle a partagé avec moi la manière dont se faisait son retour à la maison après sa période de garde. Une fois à la maison, elle se dirige directement vers le sous-sol où elle a créé une douche dédiée. Avant de rejoindre sa famille, elle se débarrasse de tous ses vêtements, les met dans la machine à laver et prend une douche. C’est un rituel qui lui permet littéralement de se débarrasser de la contamination de la journée. Au cours de notre conversation, nous avons emmené ce rituel plus loin et elle a accepté d’ajouter un fauteuil à son sous-sol. A partir de maintenant, pendant que sa lessive tourne, elle s’assied dans son fauteuil et prend le temps d’être avec elle-même. Elle ne se lève pour aller voir sa famille qu’une fois qu’elle se sent émotionnellement « aseptisée ».

Ceci est un excellent exemple de comment créer de l’espace pour être avec vous-même. Avant de communiquer avec sa famille, cette personne prend un moment pour se connecter à l’endroit où elle est. Alors, soyez curieux. Découvrez ce qui se passe vraiment en vous, pour vous. Creusez votre peur, votre inquiétude ou votre colère. Qu’y-a-t-il derrière tout ça ? Creusez vos émotions et respirez…

Collaboration vs. concurrence

Rappelez-vous que nous sommes tous à des moments différents de nos voyages dans cette période imprévisible. Ce qui est au premier plan pour vous, est différent de ce qui attire l’attention de quelqu’un d’autre. Nous nous inquiétons tous des différents aspects de cette « chose », de cette situation, et nous les traitons de différentes manières. La situation que nous vivons n’est pas une mince affaire, c’est au contraire un immense puzzle. Donc certaines personnes -y compris celles qui vous sont les plus proches- travaillent peut-être une partie différente de ce puzzle. Et chaque pièce fait partie de l’ensemble.

Nous avons tous besoin d’espace et de recul pour analyser nos réactions sans jugement ni concurrence. Pourtant, dans nos relations avec les autres, nous faisons généralement l’une de deux choses : nous nous précipitons vers une solution ou nous nous mettons en compétition : « Ce n’est rien comparé au défi que je relève, moi ! » J’en ai fait l’expérience l’autre jour avec ma partenaire Faith. Nous avons animé différentes réunions à distance pendant la journée et Faith s’est concentrée sur la résolution des problèmes liés à la mise en ligne de nos programmes éducatifs, normalement présentiels. De mon côté, je me suis concentrée sur l’impact global que pouvait avoir cette situation sur nos partenaires et notre Faculté et sur ma réactivité à cet égard. Nous avons toutes deux analysé nos réactions face à la pandémie, mais à partir de « territoires » ou de perspectives différentes. Cela s’est transformé en une conversation très bruyante où personne n’écoutait vraiment, mais où toutes deux essayions soit de résoudre le problème de l’autre, soit de rivaliser pour savoir lequel était le plus difficile ! La vitesse a pris la place de « être avec » et pourtant, ce dont nous avions toutes deux besoin, c’était d’un moment pour prendre du recul, analyser ce à quoi nous avions affaire et nous sentir correctement écoutées. Parfois, la « résolution de problèmes » peut en réalité en créer de plus grands. Peut-être que créer un espace, pour permettre du recul, est-il la meilleure façon d’aider un membre votre famille ou un ami en ce moment ?

Alors, comment pourriez-vous créer de l’espace et l’offrir à quelqu’un dans votre vie ? Pensez à la collaboration plutôt qu’à la compétition en permettant aux autres de ventiler, d’exprimer ce qu’ils ont sur le cœur, de réagir d’où ils sont sans jugement. Honorez la diversité des réactions et créez de l’espace pour que les personnes qui font partie de votre vie -y compris vous- puissent assimiler tout cela, à leur rythme. Peut-être finalement est-ce le genre de distanciation sociale qui est nécessaire sur le plan émotionnel ?

Rêver l’autre versant de la montagne

Nous ne pouvons pas créer comme avant, nous devons inventer quelque chose de nouveau à partir de quelque chose d’étrange et d’effrayant. Prendre le temps de rêver peut nous aider à voir au-delà des limites qu’on s’impose et à créer des opportunités de fertilisation croisée.

Il existe de nombreuses histoires où cela se produit déjà. L’autre jour, j’ai lu un article à propos d’une distillerie qui est passée de la fabrication de boissons alcoolisées à du désinfectant pour les mains. Au départ, ils pensaient qu’ils allaient devoir fermer boutique en voyant ce qui se passait autour d’eux. Mais finalement, ils ont vu quelque chose de différent. Ils se sont rendu compte que l’un des principaux ingrédients du désinfectant pour les mains était l’alcool et ont donc ainsi rapidement réorienté leurs opérations dans une toute nouvelle direction au service d’un besoin émergent.

Un changement similaire se produit pour les masques médicaux N95. Nous avons utilisé le même nombre de masques en trois mois que en un an. En conséquence, les membres de la profession médicale utilisent des matériaux qui étaient précédemment destinés à d’autres fonctions et les cousent en masques pour leur usage. Il semble que nous prenions de la hauteur pour retrouver une vue d’ensemble plus générale. Utiliser la même expertise, mais en franchissant les frontières dans d’autres spécialités au service de l’ensemble, du collectif.

Alors, pouvez-vous prendre un moment pour rêver au-delà des limites que vous vous êtes imposées dans votre vie ? Qu’est-ce qui pourrait être possible pour votre profession ou votre entreprise si vous pensiez au-delà de vos méthodes de travail conventionnelles ? Rêver l’autre versant qui pourrait exister, de l’autre côté de cette montagne qui s’est toujours dressée devant nous, peut nous amener à découvrir des opportunités créatives pour de la fertilisation croisée. Des opportunités qui n’étaient peut-être pas visibles jusqu’à présent. Alors, au lieu de courir tête baissée dans l’obstacle, pouvez-vous prendre un moment pour imaginer à quoi ce nouveau paysage pourrait ressembler, de l’autre côté de la montagne ? Pendant que vous attendez que la poussière de toute cette effervescence se dépose, vous pouvez prendre le temps de rêver…

Un pas en arrière

Avant d’innover et de créer, nous devons créer de l’espace et prendre du recul. Si nous créons de l’espace pour analyser nos réactions, nous pouvons choisir de réagir différemment. Au lieu de laisser la peur et l’inquiétude faire le spectacle, nous pouvons prendre les choses en main avec le modèle de réponse qui nous servira le mieux, nous et d’autres, dans cette situation. Et nous pouvons aider les autres à faire de même en leur offrant de l’espace, en normalisant ce qu’ils ressentent et en les encourageant à rêver au-delà des frontières traditionnelles. Imaginez ce qui pourrait être possible si votre prochain pas était un pas en arrière …

Article initialement publié en anglais par Marita Fridjhon